TEST : Life is Strange : le récit de deux ados à l’amitié intemporelle

24 juin 2016

Life is Strange, le jeu narratif du studio français DONTNOD, sorti en Janvier 2015, a beaucoup fait parler de lui. Plongeant le joueur dans l’univers de deux adolescentes sur la Côte Ouest des États-Unis, il lui propose une aventure immersive, à la recherche des mystères qui font surface dans la vie de ses héroïnes.

Life Is Strange

Depuis quelques années, deux tendances émergent dans le milieu des jeux vidéo. D’un côté des jeux qualifiés de « films interactifs », à la narration très travaillée et qui racontent une histoire en impliquant le joueur par des choix qui influencent le scénario. De l’autre côté, les jeux épisodiques, à la manière des séries télévisées. Les deux tendances se mélangent bien, comme nous l’a démontré Telltale avec l’excellent The Walking Dead. DONTNOD nous livre un jeu en apparence similaire mais pourtant différent. Vous allez comprendre en quoi, dans ce test, effectué sur la version (collector ;p) sur XboxOne.

Life is Strange in Arcadia Bay

Nous sommes dans la peau de Max Caulfield, 18 ans, qui retourne dans sa ville natale (Arcadia Bay) après de longues années, afin de suivre un cursus de photographie à l’Académie Blackwell. Un jour, elle assiste au meurtre d’une étudiante dans les toilettes, perpétré par un élève, Nathan, fils des propriétaires de l’Académie et protégé de la direction. C’est à ce moment précis qu’elle découvre qu’elle a le pouvoir de remonter dans le temps. Grâce à son pouvoir, elle parvient à sauver la jeune fille, qui n’est autre que Chloé Price, son amie d’enfance. Si le premier épisode, peu riche en rebondissements, pose tranquillement l’ambiance du jeu, il a le mérite d’attirer néanmoins notre curiosité. La vision d’une tempête détruisant la ville, la disparition mystérieuse d’une étudiante, des affaires de harcèlement dans l’académie : nos deux héroïnes vont devoir enquêter sur tous ces événements, en se servant du pouvoir de Max à la moindre occasion.

LIs

La vie est une question de choix

Comme tout jeu de ce genre, le gameplay se résume à déplacer son héroïne dans le décor et à interagir avec ses éléments, à parler aux personnages. C’est un jeu qui prend son temps, et qui comporte peu de situations sous tension, limitées par le temps, comme on peut en avoir dans The Walking Dead. La fonction unique au jeu est celle de pouvoir remonter dans le temps. Le jeu va souvent jouer avec cette fonction. Parfois, vous ne pourrez débloquer certains dialogues qu’en remontant dans le temps (parler à un personnage pour récupérer une information, puis remonter dans le temps pour lui en parler avant qu’il vous en parle afin de changer le dialogue). Quelques petites énigmes vous demanderons aussi d’utiliser cette fonction. Et, bien entendu, cette fonction réalise le rêve de certains joueurs : revenir sur ses choix. On a tous déjà fait un choix dans un jeu vidéo sur lequel on aurait aimé revenir. Ici, c’est possible, presque tout le temps. Ceux qui préfèrent tester les différentes possibilités pour choisir celle qui leur convient le mieux seront ravis. Mais si on préfère agir spontanément et vivre réellement sa propre histoire avec ses propres choix sans être influencé, cette fonction casse un peu la « magie » du film interactif et sa narration. Les choix sont très nombreux, aussi bien dans les dialogues que dans les actions, et ils ont une portée immense. Je me souviens m’être impressionnée qu’un personnage, à l’épisode 4, me rappelle une action que j’avais effectuée dans l’épisode 1. Cela renforce l’immersion et c’est vraiment plaisant !

Life-Is-Strange

Les personnages pourront se souvenir pendant longtemps de certains de vos choix

L’intrigue : des hauts et des bas

L’intrigue laisse une impression assez mitigée. Le pitch du début (le retour dans la ville natale et les retrouvailles avec sa meilleure amie, la découverte des pouvoirs qui apparaissent de nulle part) fait penser aux pitchs des nombreux romans pour adolescentes qu’on trouve un peu partout. Les profils des héroïnes – qui, je pense, sont largement inspirés par les personnages de « La vie d’Adèle » – (la fille un peu bizarre à fond dans son trip de photographie et l’ado punk rebelle aux cheveux bleus qui déteste son beau père) sont assez clichés et, pour ma part, ne m’ont pas permis de m’identifier à elles, ce qui a un peu affaibli l’immersion. D’autant plus que leurs comportements sont parfois un peu puérils et incohérents, notamment à propos du pouvoir de Max. Elle l’utilise à tout va pour des situations banales, mais ne pense pas (ou ne parvient pas) à l’utiliser quand elle en aurait vraiment besoin.

Malgré ces lacunes règne un sentiment général plaisant dans l’intrigue. Il y a quelques rebondissements impressionnants et quelques très bonnes idées (surtout dans l’épisode 3, 4 et 5). On voit que l’écriture a été travaillée en fonction des épisodes, avec par exemple des cliffhangers très efficaces à la fin de certains épisodes. Une fonction que j’ai trouvé également très utile : le journal de Max. Si on joue à ce jeu sur une longue période avec des pauses de plusieurs semaines entre chaque épisodes (ce qui était le cas en 2015, où il fallait attendre longtemps la sortie du prochain épisode) il est très utile pour se rappeler les différents événements survenus dans l’intrigue. Il est rédigé à la manière d’un journal intime dans lequel Max écrirait. C’est très réaliste et ça permet d’avoir le point de vue de Max sur les événements, ce qui renforce l’immersion. Au final, l’intrigue laisse le joueur sur sa faim. Beaucoup de questions sans réponses, de mystères non résolus, d’éléments ou de personnages pas assez exploités. Même si la fin est émouvante, elle donne peu de sens à toutes nos actions durant le jeu, et le message reste flou.

Une cohérence artistique remarquable

S’il y a un point particulièrement réussi, c’est l’ambiance singulière que les développeurs ont su donner à leur jeu. Life is Strange est un jeu contemplatif et reposant. Une impression de calme, de nostalgie s’en dégage. Cela implique une narration et un rythme lent, un peu trop lent parfois. Tout vous incite à admirer, visiter et chercher toutes les interactions possibles avec le décor (notamment la quête annexe des photos cachées). Les plans d’ambiance, la musique… Tout contribue à vous plonger ce monde unique. Toute la direction artistique est cohérente. Parlons justement des graphismes, dans un style très « bande dessinée » qui sont très correct même si les cheveux des personnages semblent imprégnés de gel tellement ils sont statiques. On sent qu’il y a un énorme travail artistique. Le nombre d’artworks intégrés directement dans le jeu est impressionnant. Il suffit de se balader dans les couloirs de l’Académie, dans ses dortoirs ou encore dans une galerie d’art pour se rendre compte du travail gigantesque des artistes qui ont réalisé toutes ces illustrations. La bande son a également été soignée pour coller à l’ambiance du titre, et rappelle celle des séries américaines pour adolescent. Pop, guitare acoustique, le tout dans un ambiance détendue. En bref, Life is Strange est un jeu qui prend son temps.

Life Is Strange Musée

Une galerie d’art où l’on peut admirer des dizaines d’artworks différents


Points positifs :

  • Une ambiance et une direction artistique très travaillées
  • De très bonnes idées pour l’intrigue
  • De nombreux choix qui renforcent l’immersion

Points négatifs :

  • Rythme un peu lent
  • Intrigue parfois incohérente, des mystères non-expliqués
  • Doublages uniquement en anglais, vraiment dommage pour un jeu développé par des français…

15/20

C’est une drôle d’aventure qui nous attend dans Life is Strange. Plongés dans une ambiance calme et nostalgique, nous sommes enthousiasmés par une direction artistique très travaillée aussi bien dans les graphismes que dans la bande son. L’histoire dévoilera lentement quelques rebondissements intéressants et bien amenés. Dommage que le jeu soit parfois un peu trop lent, avec beaucoup de texte à lire, et que les personnages soient aussi clichés. Les choix ont un impact assez important sur le déroulement de l’histoire et les sentiments des personnages envers nous, mais ne changent finalement pas vraiment la conclusion de l’histoire. Si vous aimez les jeux narratifs qui se laissent jouer tranquillement, Life is Strange vous conviendra parfaitement. 

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2 Commentaires

  • Reply Laurine 13 décembre 2016 at 14:00

    J’ai été très contente d’avoir eu l’opportunité de jouer à Life is Strange sur PS4. Cette licence est juste parfaite. Les personnages m’ont beaucoup touchée. Le studio Dontnod Entertainment nous a offert un titre vraiment impressionnant.

  • Reply Des jeux vidéo pour jouer en couple : Saint Valentin Gamer - Le Coffre BonusLe Coffre Bonus 12 février 2018 at 10:06

    […] calme et contemplative, préférez le jeu de DONTNOD : Life is Strange. Vous pouvez retrouver le test de Life is Strange sur le […]

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